Dimanche 9 septembre 2007 7 09 /09 /Sep /2007 19:09


La bande annonce a fait froncer les sourcils à la majorité des fans de la série.  L’annonce d’un long métrage mettant en scène la famille « la plus déjantée d’Amérique » laisse en effet songeur : on pense immédiatement à une altération de l’esprit originel des dessins animés, qui se retrouveraient modifiés dans une plus longue création. On pense à un projet créé uniquement à des fins commerciales. Et on jure, évidemment, qu’on ne fera pas partie des imbéciles qui iront vérifier si « Les Simpsons, le film », mérite le prix d’une place de cinéma. Ils passent aussi à la télé après tout, et là, c’est gratuit.



Mégalo ?


Né en 1954, Matt Groening est un auteur de bande dessinée américain, et n’a plus rien à prouver dans le monde de l’animation. Avant de travailler pour la télévision, il a pourtant été le créateur d’une série dessinée. Ce n’est qu’ensuite qu’il nous offre la fabuleuse série « Futurama », où un pauvre jeune homme se retrouve coincé dans le futur, ainsi que les incontournables « Simpsons ». Non content d’avoir fait de cette famille un véritable symbole de l’Amérique moderne, Groening voit encore plus grand et s’invite dans les salles obscures.


« Le plus grand des idiots, c’est toi. »


Voilà l’accueil que nous réserve Homer au début du long métrage. Parce que finalement, on cède à notre curiosité de cinéphile du dimanche et on court voir le gros responsable de la centrale nucléaire de Springfield sur grand écran.  C’est lui-même qui fait cette remarque pertinente : « Pourquoi payer une place de cinéma pour quelque chose qu’on peut voir gratos à la téloche ? Il faut vraiment être idiot, et le plus grand des idiots, c’est toi ! », en pointant vers les spectateurs un de ses quatre énorme doigts jaunes.   Et toute la salle rit de l’attaque. Car ce qui caractérise les Simpsons, c’est toute l’ironie, le cynisme et pourtant la vérité qui ressortent des dialogues. On aime l’humour noir jamais déplacé ni vulgaire, on adore les blagues idiotes et les chutes qui font mal (nous ne sommes que des hommes), et on applaudit les références. Car le film en est plein à craquer : référence à la musique avec le groupe Green Day, à la politique avec un président des Etats-Unis assez inattendu (et sûrement peu souhaitable), à la bande dessinée avec un cochon qui marche au plafond… Il y en a pour tous les gouts. Mieux encore, à aucun moment l’ambiance, les personnages ou la série en elle-même ne sont travestis ou déformés. Le film garde, du début à la fin et de long en large, l’esprit « Simpson » qu’on ne pensait pas retrouver. Un exploit.


Homer, ce (anti-) héros.


Comme par hasard, c’est encore Homer, le père de famille d’une maladresse désormais légendaire, qui est à l’origine du drame. Le lac de Springfield, pollué à l’extrême, devient zone protégée : interdiction, donc, d’y jeter quoi que ce soit ! Malheureusement, Homer reste fidèle à lui-même et pollue accidentellement le plan d’eau, geste qui aura des conséquences catastrophiques pour la ville entière.

Même après avoir dessiné des dizaines de courts métrage mettant en scène la famille d’ahuris que sont les Simpsons, Matt Groening nous offre ici un scénario tout sauf prévisible.  On admire la dose d’humour XXL qu’il a su incorporer à sa création. On s’enthousiasme aussi pour le trait de crayon qui ne change pas, tant à la petite lucarne qu’en salle obscure. Au final, on sort de la salle sans une once de déception, en ayant ri beaucoup plus que ce à quoi on s’attendait, et en se disant que le film valait bien une place de cinéma. Ils sont fous, ces Américains, et on en redemande.

Par Letizia - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 25 avril 2007 3 25 /04 /Avr /2007 12:00

(Critique de la pièce « L’Amérique », de Serge Kribus)

 

Si vous n'avez jamais vu l’Amérique, la terre de tous les rêves, embarquez dès maintenant pour un voyage magnifique agrémenté de musique rock dans l’époque des années septante, en compagnie de deux jeunes idéalistes à la langue vivante et électrifiante.

 
                Jo a la vingtaine, Jo n’a peur de rien. Si Jo veut aimer les filles, il claque des doigts, et les filles sont dans son lit. Jo vit sa vie à fond les manettes, sans crainte du lendemain. Il fume, il boit, il vole, il se bat. Il prend tout ce que la vie lui donne sans se poser de questions, sans redouter un virement de situation. Babar est un étudiant en médecine qui habite à bruxelles. C’est un jeune bien comme il faut : il vit chez ses parents, ne boit pas, ne fume pas. Il a peur de tout. Et surtout des filles. Mais un jour, ras-le-bol général dans la tête de Babar : il part, il quitte la maison sans prévenir et file vers Paris, pour voir à quoi ça ressemble. C’est là-bas, assis dans un bar, qu’il rencontre Jo le téméraire, Jo le sans peur. Babar ne sait pas trop sur quel pied danser face à cet inconnu qui semble ne s’alarmer de rien. Mais, comme porté par une vague de spontanéité, Babar va se laisser guider par Jo, et ensemble, ils vont glisser sur un chemin bourré d’alcool, enfumé de drogues et peuplé de filles. Cette route sera pour eux celle de l’amitié, une amitié puissante qui se consolidera au fil de l’aventure, celle de la déconnade, de la folie furieuse qui anime les jeunes idéalistes soixante-huitards. Mais cette route sera aussi celle de la fin de leur adolescence. Une route qui, comme toute chose, s’arrête quelque part. Douloureusement parfois. 
  

               C’est sans crier gare que la tête de Jo apparaît, au milieu d’un rideau couleur or qui fait un bruit s’apparentant à de l’aluminium qu’on froisse. Lorsque le rideau tombe, on découvre un plateau qui s’avèrera être étonnamment dynamique : par un ingénieux système de plate-forme creuse renfermant des objets en tout genre et un tapis roulant, les deux acteurs vont évoluer dans un seul décor qui deviendra, à tour de rôle, un train, une chambre, une rue… La pièce est énergique, rebondissante, changeante. Elle ne stagne jamais au même emplacement. Le décor se mue en un autre décor en moins de temps qu’il ne faut pour se rendre compte du changement d’endroit.


             Il n’y avait pas metteur en scène plus prédestiné que Serge Kribus pour faire pleinement vivre cette pièce. Quel homme, mieux que lui, aurait pu rendre toute la vivacité, tout le mordant, toute l’énergie des années septante, tout le pétillant de ce spectacle plein de peps et de punch ?
Ainsi, la pièce ne pouvait être plus fidèle au modèle que son auteur avait en tête. Mais sans talent, même l’avantage d’avoir écrit la pièce n’aurait pas sauvé le spectacle de Kribus. Il faut se rendre à l’évidence : cet homme est depuis longtemps passé maître dans l’art de la scène, au plus grand plaisir du public… .

          
           
Deux acteurs seulement ont suffit à rendre toute l’électricité teintée de rock de cette pièce explosive.  D’abord Bernard Sens, dans le rôle de Jo, qui fait parfaitement sentir toute l’assurance du personnage. Le rôle lui va comme un gant. Il coupe le souffle au public, on ne peut s’empêcher de l’écouter respectueusement, comme si son air de racaille faisait aussi effet sur l’assemblée présente dans la salle. Ensuite, il y a Serge Kribus, dans sa propre pièce, pour une interprétation édifiante du personnage de Babar. Qui d’autre, en effet, aurait pu mieux faire vivre le personnage que son propre créateur ? Kribus était le mieux placé pour le connaître par cœur, et sur scène, il coupe littéralement le souffle par son jeu d’une spontanéité rare. De plus, petite particularité de la pièce, c’est que les deux acteurs endossent chacun plusieurs rôles, et passent de l’un à l’autre sans crier gare. Ce qui est à applaudir dans tout cela, c’est la capacité qu’ils ont de ne jamais embrouiller le public : on sait exactement quel personnage ils jouent, et à quel moment. Une belle performance.

 
             Kribus signe ici une nouvelle fois une pièce remuante, usant de mots collant parfaitement à l’époque traitée, balançant des dialogues absolument rebondissants, le tout accompagné de musiques pleines d’idéaux… Une pièce qui commence par son dénouement (un dénouement douloureux il est vrai ) mais qui  n’en devient pas pour autant ennuyeuse… L’Amérique, c’est l’Amérique…
    

Par Letizia - Publié dans : Théâtre
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Dimanche 22 avril 2007 7 22 /04 /Avr /2007 11:57

Critique de théâtre : Petits crimes conjugaux, Eric-Emmanuel Schmitt

           
   
La scène représente un appartement moderne, en deux étages. Une table basse dont les pieds sont en réalité des piles de magasines, un fauteuil à l’aspect confortable, un sofa, une bibliothèque, des tableaux avant-gardistes accrochées au mur qui mène à l’étage, un ordinateur,… C’est toute une vie qui se raconte à travers des objets parfaitement agencés pour créer cet univers  scénique qui sera le seul et unique décor de « Petits crimes conjugaux », d’Eric-Emmanuel Schmitt, mis en scène par Patricia  
Houyoux.

    Lorsque Gilles rentre chez lui après un assez long séjour à l’hôpital, accompagné de sa femme Lisa, cette dernière comprend que le chemin vers la guérison sera long. Devenu amnésique, Gilles ne reconnaît rien de sa vie passée. L’appartement qui a vu s’écouler quinze ans de vie commune ne lui rappelle aucun souvenir, et c’est avec courage que son épouse entreprend la longue quête vers la mémoire perdue… L’amour qui existe entre Gilles et sa femme est presque palpable, et même si quelques éclats de voix surviennent plusieurs fois au milieu du calme de l’appartement, ils sont vites effacés par un sourire, une excuse, un baiser parfois, une compréhension mutuelle qui efface tout.

 
    De fil en aiguille, l’intrigue, qui en toute logique devrait se démêler, s’embrouille un peu plus à chaque réplique, et c’est avec un plaisir incommensurable que nous sommes assaillis par le doute, que nous tentons vainement de résoudre l’énigme avant son dénouement sur scène. Le stratagème est trop bien ficelé, l’histoire trop ingénieusement agencée pour nous permettre d’apercevoir ne serait-ce qu’une seconde le fin mot de cette affaire sombre. Comment Gilles a-t-il perdu la mémoire ? La vérité est-elle la valeur qui ressort le plus clairement des histoires de Lisa ? Comment savoir ?  Au fur et à mesure de l’histoire, le cheminement vers la mémoire de Gilles se muera en quête de vérité. Une vérité à propos de l’amour, à propos de la confiance, à propos du couple. Une vérité sur la routine qui peu à peu s’est immiscée entre les deux êtres qui pourtant s’aiment encore. Une vérité sur des mensonges cachés qui doivent éclater.  

 

Deux acteurs seulement donnent toute sa vie à la pièce de Schmitt. Dans le personnage du mari amnésique, Michel Kacenelenbogen nous fait don d’un jeu d’acteur époustouflant. On a peine à croire qu’il ne fait qu’interpréter un rôle. On le dirait tout droit sorti de cet hôpital où il s’est rétabli. Quant à son épouse, la courageuse Lisa, c’est  Isabelle Roelandt qui l’interprète, dans un style lui aussi tout à fait remarquable, faisant ressortir à merveille les émotions les plus intenses qui ponctuent la pièce. Deux acteurs pour un spectacle d’une heure et demie, cela pourrait effrayer, laisser croire à un ennui inévitable… Il n’est est rien. C’est justement le nombre restreint de comédiens présents sur scène qui confie à la représentation toute sa gravité et sa poésie. 

           

Avec cette pièce haute en émotion, Eric-Emmanuel Schmitt parvient une nouvelle fois à mettre des mots sur certaines parties de la vie des êtres humains que l’on a du mal à clairement définir. L’auteur, qui n’en est pas à son premier essai, a atteint un niveau d’écriture notable : un seul décor, deux comédiens, un dialogue incessant, et une intrigue qui nous emmène avec elle dans les méandres de la psychologie humaine, dans le labyrinthe des pensées du couple, dans le monde enivrant de la vie de chacun d’entre nous. Car c’est aussi une pièce dans laquelle on ne peut manquer de s’identifier : nous sommes tous un peu de Gilles ou de Lisa, et tous, un jour, nous risquons de devoir combattre la routine.  Ainsi, dans un style toujours émouvant et passionnant, Schmitt nous enlève encore une fois à la terre pour nous inviter dans son univers.

 

« Petits crimes conjugaux » est donc une pièce à aller voir absolument, ne serait-ce que pour se confirmer le talent déjà bien connu du célèbre écrivain, et de juger, pour ceux qui n’en connaissent encore rien, de l’aptitude de Patricia Houyoux à mettre en scène d’une manière vivante et expressive une œuvre d’exception.

 

 

Par Letizia - Publié dans : Théâtre
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Mardi 17 avril 2007 2 17 /04 /Avr /2007 12:14

(critique du film « Le come Back »)

 

 

 

Lorsqu’un réalisateur s’avère être un étudiant en droit qui a abandonné ses études, on pourrait être amené à penser que sa véritable vocation se trouvait bel et bien dans le cinéma. Marc Lawrence est de ceux-là. Né à Brooklyn, il commence comme réalisateur de séries télévisées américaines. Il se spécialise dans la comédie et réalise son premier long métrage en 2002. Et voilà que cinq ans après son désolant « Miss détective », Lawrence nous pond un autre long métrage, « Le come back », qui mérite parfaitement l’appellation de « comédie romantique américaine ». Un concentré de clichés à la sauce outre-atlantique qui, il faut tout de même l’avouer, fait sourire et touche le spectateur.

 

 

        Alex Fletcher est ce que l’on peut désormais appeler un « has-been des années quatre-vingts ». Après avoir connu un succès fou auprès des filles en s’étant prodigieusement déhanché dans le groupe « Pop ! », Alex, riche et beau quadragénaire qui ne fait pas son âge, doit désormais se contenter de minables représentations sur des ridicules podiums plantés au milieu de foires diverses, devant un public exclusivement formé de femmes âgées de cinquante ans (et plus si affinités). Le spectateur a beau espérer voir Alex se ressaisir et sauver sa fierté en cessant ces prestations burlesques, jamais nous ne verrons le pro de la chanson rétro tenter d’arrêter cette spirale grotesque qui lui ôte toute dignité. On le croit pourtant sauvé lorsque Cora Corman, nouvelle ado-diva un peu allumée dont le but ultime est de supplanter les ondulations corporelles de Shakira, demande à Fletcher de lui écrire une chanson intitulée « Le chemin de l’amour » pour ensuite l’interpréter avec elle. Notre beau gosse tient là son grand come-back. Seul bémol : le pauvre Alex n’a rien composé depuis dix ans et n’a de plus jamais été parolier Or la chanson doit être rendue dans la semaine… Oh, suspense, quand tu nous tiens !  C’est à ce moment critique et désespéré du film que débarque Sophie Fisher, jeune et jolie demoiselle qui n’est là que « pour s’occuper des plantes » de l’appartement de l’ex-idole des filles. Sophie se fera la parolière salvatrice de la pop star déchue en quête d’une célébrité nouvelle, avec tous les aléas, les hauts et les bas que l’on trouve dans une relation homme-femme. En bref, que de surprises, d’étonnement et d’inattendus !

 

 

        Le personnage campé par Hugh Grant est tout sauf crédible. Il n’a ni le style d’un ancien chanteur pop, ni la façon d’être. Alex Fletcher est l’archétype du quadragénaire classique, nonchalant et flegmatique. Autrement dit, tout l’opposé de ce qu’aurait été un ex-chanteur des années quatre-vingts : un excentrique plein de peps avec les cheveux dans le vent. Pire : Fletcher tente l’humour britannique qui caractérise si bien Grant, mais qui une fois replacé dans ce genre de long métrage, perd tout son charisme anglophone. Quant à la charmante Drew Barrymore (alias Sophie Fisher), elle ne fait qu’incarner le personnage d’une jeune princesse à qui tout réussit mais qui malgré tout ne va pas bien, est malheureuse et souffre, tout au fond d’elle. Elle est le stéréotype de la fille ordinaire qui un beau jour voit sa chance tourner. Ce qui aurait pu être émouvant si le concept n’avait pas déjà été exploité une bonne centaine de fois…

 

        Comme toujours et sans laisser aucune place à l’imagination, le thème de l’amour nous éclate à la figure, dans toute sa splendeur. Une histoire d’amour sensée être inattendue, et qui perd de sa superbe à cause de l’exploitation épuisante du sujet. On s’émeut tout de même devant ce don Juan adouci par sa jeune arroseuse de plantes, même si on a du mal à s’expliquer le comment du pourquoi… Et, point positif du film, la musique y a une place de choix. Même si ce que le beau Fletcher compose n’est pas prêt de concurrencer les Beatles, et même si la musique est à Hugh Grant ce que le nez rouge est aux avocats (à savoir l’élément qui fait perdre toute crédibilité), on se laisse entraîner par la romance de cette chanson écrite à deux mains, et surtout par la romance qui s’établit entre ces deux mains… 

 

 

        C’est en conclusion une comédie touchante et attendrissante que Marc Lawrence a réussi à faire sortir dans les salles obscures, en sachant que toute « comédie romantique à l’américaine » qui se respecte mérite ces deux adjectifs, et uniquement ces deux là… On dirait que le cinéma américain fait mémoriser à tous ses réalisateurs un manuel intitulé « Comment faire une comédie en dix leçons », à l’image de ces livres tristement célèbres exposant aux jeunes écrivains comment composer un bon roman américain… En dehors de l’avantage de faire passer un « bon moment » et d’émouvoir le spectateur moyen, le film « Le come back » ne mérite aucune ovation, aucune récompense, bien qu’il ait fait vendre des milliers d’exemplaires de sa bande originale. Difficile, de nos jours, de dégotter un bon long métrage à se mettre sous la dent… Il semblerait que le septième art ait définitivement perdu de sa grandeur… En ce qui concerne les Etats-Unis et leur « comedy » , du moins…

Par Letizia - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 28 février 2007 3 28 /02 /Fév /2007 12:12

( Critique du livre « Les mots pour le dire » de Marie Cardinal )

 

        De père industriel, Marie Cardinal naît à Alger en 1929. Elle fait ses études à la fois à l’université d’Alger et à la Sorbonne, ce qui est sans contexte un atout dans son apprentissage. Le reste de son parcours est tout aussi brillant : après avoir obtenu une licence en philosophie, elle enseigne dans différentes villes, telles que Montréal, Lisbonne et Vienne. « Les mots pour le dire » reçu le Prix Lettré en 1976. Après la lecture de ce roman autobiographique, on comprend directement pourquoi…

 

 

Alger, dans les années trente. Tout prédispose Marie au bonheur : issue d’un milieu aisé, elle est entourée de servantes et de domestiques, d’une mère chrétienne qui fait la charité en soignant les pauvres, de l’Algérie à la terre rouge et ensoleillée, et des enfants algériens avec qui elle joue, rit, grandit. Cependant, quelques taches viennent assombrir le ciel de l’enfant. Entre le divorce de ses parents, que sa mère considère comme une offense à Dieu, car « le divorce est interdit par l’Eglise, et pour rien au monde il ne faut s’éloigner du Seigneur qui est mort pour nous sur la croix », et les relations difficiles avec ses deux parents, Marie évolue dans un monde chaotique et un peu effrayant. Puis, de jour en jour se précisent dans l’esprit de l’enfant « la lenteur, la viscosité, et l’absurdité du fait d’exister, jusqu’à devenir la chose ».  Cette chose qui la hante, la fait transpirer, cette chose qui « l’assaille avec l’angoisse, les frissons, les grelottements, la peur, la sueur. » Cette chose qui lui fait voir « la pourriture du monde et sa propre pourriture intérieure »…  Mais ce n’est pas tout. « Le sang a attendu qu’elle ait vingt ans pour lui rendre visite, très irrégulièrement et dans des souffrances atroces. » Marie commence à souffrir de pertes de sang constantes, « elle se vide de sa sève. » Elle « avait vu un nombre incalculable de gynécologues », jusqu’à celui qui lui propose de « se débarrasser de cet utérus fibromateux au plus vite. » Désemparée et afin d’échapper à l’hôpital psychiatrique, Marie confie son état à la psychanalyse, car « on ne met pas en asile une femme parce qu’elle saigne et que cela la terrifie ».  Marie veut échapper à la chose, et vivre.

 

 

Un chaos organisé.

 

Malgré le charivari apparent des relations nouées avec ses parents, Marie semble être une enfant très heureuse et parfaitement épanouie. Si parfois le lecteur s’inquiète pour sa santé physique ou mentale après tel ou tel événement, la petite se relève toujours, fière, forte. Sûrement portée par l’envie d’aimer sa mère avec qu elle mène des relations houleuses. Marie est dans l’ « impossibilité de lui plaire complètement. » L’enfant « n’arrivait à fixer longuement sur elle l’attention de sa mère que lorsqu’elle était malade. » Alors seulement elle pouvait goûter à la tendresse maternelle. Ensuite venait la rigidité de l’éducation, la sévérité des règles à appliquer pour « une jeune fille de son milieu. »  Et puis il y a son père. Cet homme si prévoyant, si aimant, si généreux. Cet homme qui, contrairement à la mère de Marie, lui offrait toute l’affection que l’enfant réclamait de la part de sa mère. « Quand elle était là, plus rien n’existait qu’elle. Et cela la gênait. » On suit avec fascination l’évolution de cette si petite fille dans ce milieu relationnel si chaotique dont elle semble pourtant satisfaite. On s’inquiète pour elle, on s’indigne de la rigidité de sa mère, on se demande pourquoi elle rejette tant l’amour de son père,… On devient l’enfant qui nous est contée à travers les pages du roman.

 

 

Oser en parler avec les mots qu’il faut.

 

Cette capacité qu’a eu l’auteur de faire littéralement passer ses émotions à travers le papier est absolument époustouflante. Parce que les sujets abordés sont enfin exposés en pleine lumière et sont clairement expliqués par un talent d’écriture incontestable. C’est ainsi que, sans honte aucune, la maladie mentale est étalée sur le papier, dans toute sa douleur et toute sa force, avec les mots qu’elle mérite pour être qualifiée. Et chaque mot, chaque phrase est à sa place : rien n’est à enlever, rien n’est à ajouter. On parle pour la première fois de maux que la société juge honteux parce que trop rares ou en rapport avec des parties du corps qui doivent rester cachées. Comme si les pertes anormales de sang d’une femme lui ôtaient toute humanité !  Et comme ces sujets sont habituellement mis dans l’ombre, on devine que pour oser en parler, avec des mots si crus, si justement choisis, qui plus est lorsque l’histoire est la nôtre, il faut un courage, une détermination, une puissance de caractère que l’on ne peut qu’admirer.

 

 

Oui, je suis une femme !

 

« Les mots pour le dire » est encore plus poignant, encore plus touchant, encore plus difficile à lire lorsque le lecteur est une lectrice. Car les pertes de sang dont Marie souffre, l’angoisse qui s’empare d’elle et ses visions effrayantes capturent notre imagination pour s’ancrer en nous comme si nous ressentions la douleur avec l’héroïne. La jeune femme « accroupie entre le bidet et la baignoire », celle qui tremble, qui a des hallucinations, celle qui sanglote, qui agonise, qui lutte, ce n’est pas seulement l’auteur qui nous raconte son histoire. C’est aussi la lectrice qui, emportée par sa condition de femme, se fond au personnage pour pleurer, suer, trembler et saigner avec elle.

Par Letizia - Publié dans : Littérature (ou pas)
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Dimanche 21 janvier 2007 7 21 /01 /Jan /2007 12:10

 

(Critique du livre « Les Catilinaires », d’Amélie Nothomb)



L’auteur belge qui depuis des années avait élevé son nom avec celui des plus grands écrivains retombe aujourd’hui lourdement sur le sol. Née le 13 août 1967 à Kōbe au Japon, Amélie Nothomb publie depuis 1992 un roman par an, ce qui la caractérise si bien. Sa personnalité est loin d’être inconnue grâce à sa singularité : elle aime les fruits qui la font vomir et se dit enceinte de ses romans. Autour de la jeune femme s’était dressé un monde vaporeux et assez effrayant. Elle restait inqualifiable, presque mystique. Après la lecture des « Catilinaires », on n’hésite plus du tout entre « dérangeante » ou « dérangée »…

 

 

Emile et Juliette sont mariés depuis quarante-trois ans. Ou plutôt soixante, puisque Emile tient absolument à ce que leur union soit datée du jour de leur première rencontre, à savoir lorsqu’ils avaient tous les deux cinq ans. C’est l’histoire d’amour parfaite et un peu bébête, sans beaucoup de surprises, qu’on connaît par cœur : « Nous nous sommes vus et nous nous sommes aimés. Nous ne nous sommes jamais quittés. Juliette a toujours été ma femme. » Ô ! romantisme édulcoré de l’amour exemplaire … Après avoir attendu la retraite toute leur vie comme deux dépressifs n’ayant plus aucun espoir en l’existence, ils décident d’acheter une maison très isolée, en pleine campagne, pour profiter enfin de la vie. Ils voulaient « quitter cette perte de temps qu’est le monde. Quelle belle image d’optimisme ! (Le but de l’auteur est-il de faire grimper le taux de suicide ?) Arrive alors, au moment le plus passionnant de l’histoire, celui que l’on retrouve dans tous les schémas scolaires qui décortiquent les récits : la perturbation initiale, le très original fauteur de troubles, nommé ici Palamède Bernardin (sans qui toutefois, avouons-le, le reste de l’histoire n’aurait été que niaiseries et paillettes dans les yeux.) La campagne, c’est ennuyeux, (est-ce donc à cause de cela que le roman l’est aussi ?) et ce voisin ne trouve rien d’autre à faire que de s’approprier deux heures par jour la demeure des amoureux, en les fixant dans le blanc de l’œil et sans dire un mot.  Quoi de plus captivant ?

 

 

Des personnages plats et insignifiants.

 

Emile et Juliette sont restés des enfants. Le vieil homme regarde souvent son épouse en pensant « Ma femme a dix ans ». On pourrait s’extasier devant cette jeunesse éternelle et cette capacité déconcertante à encore pouvoir s’émerveiller comme un enfant à soixante-cinq ans si leur « jeunesse » n’avait pas été poussée jusqu’à l’infantilisme. Citons par exemple cette scène de promenade dans la forêt, où Juliette «  rejetait la tête en arrière de manière à avoir le visage face au ciel. Elle ouvrait grand la bouche et s’appliquait à avaler le plus de flocons possibles. Elle prétendait les compter. » Juliette est une véritable gamine qui semble ne rien savoir de la vie, même à son âge avancé.  «  Il y avait eu si peu de choses dans sa vie qu’elle régissait à tout avec une intensité extrême « . Elle lance à tout bout de champ des « gentils sourires » et des « regards étonnés ». « Juliette est son propre enfant. Et le mien. » Voilà qui justifie peut-être cette attitude puérile d’Emile envers Juliette… Quant à Palamède, il affiche un comportement dérisoire,  fatigant, ennuyeux et sans relief : comment se prendre d’amitié pour un homme qui « prend beaucoup de place » mais qui « répond après quinze secondes d’intense réflexion » par « les mots « oui » et « non » qui constituent l’essentiel de son vocabulaire » ? A l’instar de l’auteur d’ailleurs : combien de fois Palamède Bernardin se retrouve-t-il qualifié d’ « outré » ? « Il me regarda d’un air outré » reste sans aucun doute la phrase la plus répétée dans ce récit.

 

 

Les sujets abordés sont des plus banals : tout d’abord l’histoire d’amour dont tout le monde rêve, l’idéal du « conjoint unique »,  celui que nous gardons toute notre vie et dont nous ne nous lassons jamais, et passons toute une vie à ses côtés sans l’aimer un peu moins… En bref, un thème qui use au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire et qui ôte au lecteur le peu d’envie qu’il lui reste de terminer le bouquin, tout simplement parce que ce sujet a déjà été utilisé des centaines de fois, et le plus souvent dans les contes pour enfants… Et ensuite l’image envahissante du fauteur de troubles, de celui qui dérange, comme pour nous montrer, sous un angle bien pessimiste, que même là où nous pensions trouver le paradis, l’enfer peut nous attendre. Pour nous prévenir que notre vie ne sera jamais ce que nous voulions en faire. Autrement dit « N’attendez rien de la vie, car le malheur pesant de cette perte de temps qu’est le monde vous poursuivra jusqu’après votre retraite à la campagne. »

 

 

Le bilan ? Décevant.

 

Avoir du temps à perdre est une chose qui, dans la société d’aujourd’hui, devient de plus en plus rare, à tel point que parfois, le plaisir de profiter de la vie ne s’achète qu’au prix de vacances lointaines. Et pourtant, au vu du nombre de personnes s’inscrivant sur la liste des lecteurs des « Catilinaires » d’Amélie Nothomb, il semblerait que certaines personnes possèdent même trop de temps libre. C’est en effet ce dont il faut disposer pour avoir l’excuse de s’être plongé dans cette histoire d’une platitude et d’un ennui exemplaires.  Car lire ce roman, c’est en sortir déçu et sans plus aucune envie d’ouvrir un livre signé Nothomb, tellement on glisse sur la paroi de l’histoire sans jamais s’y accrocher. Composer un bouquin de cet acabit et lui donner le nom du discours le plus célèbre de Cicéron valut à Amélie Nothomb la découverte du meilleur moyen pour déranger dans son dernier sommeil le plus grand orateur que la Rome du premier siècle avant Jésus-Christ ait jamais connu…

Par Letizia - Publié dans : Littérature (ou pas)
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Jeudi 19 octobre 2006 4 19 /10 /Oct /2006 12:07

( Critique du livre « Les liaisons dangereuses » , de Choderlos de Laclos)

 

Si la littérature classique vous compte parmi ses défenseurs et admirateurs,  il ne persiste aucun doute quant à savoir si vous vous êtes évadés au travers des pages de l’incontournable roman épistolaire de Laclos : « Les liaisons dangereuses ». L’écrivain et militaire français fut, à l’époque, considéré comme aussi scandaleux que le marquis de Sade (écrivain français devant sa renommée aux passages pornographiques de ses œuvres), de part les propos et les actions révoltantes dont usent ses personnages. Sa notoriété fut donc acquise par des moyen assez controversés mais indéniablement célèbres. Devenu un grand nom parmi les auteurs classiques, Pierre Choderlos de Laclos libère sous sa plume une élégance sans pareille qui, lorsqu’elle est lue à notre époque, ne peut que ravir par la qualité du style et la grâce des tournures.

 

Nous sommes au XVIII ème  siècle, dans l’univers de la haute bourgeoisie qui habite la France de cette époque. Cécile Volanges sort tout juste du couvent, où sa mère, Madame de Volanges, l’a laissée jusqu’à ses 15 ans pour préserver sa vertu et lui inculquer les valeurs de la religion. Le mariage arrangé de la petite approche à grands pas, mais son mari, le comte de Gercourt, est retardé par une de ses missions militaires. C’est alors que dans l’esprit de deux grands amis, qui sont d’une part la marquise de Merteuil, maîtresse déchue de ce Gercourt, et d’autre part le Vicomte de Valmont, cent fois calomnié par Madame de Volanges, germe une idée grandiose. Une idée de vengeance. Une idée telle que même la fin n’en justifie pas les moyens. Un dessein diabolique, qui est celui d’arriver à se venger du Comte de Gercourt et de cette prude Madame de Volanges , et ce d’un coup d’un seul. Parallèlement, Valmont s'éprend de la Présidente de Tourvel,  femme dévote et croyante, qu’il décrit par ces mots : « La Présidente, ce modèle cité de toutes les vertus ! respectée même de nos plus libertins ! telle enfin qu’on avait perdu jusqu’à l’idée de l’attaquer ! » Pour la séduire, il use de tous les moyens de séduction dont il dispose, ainsi que de toute son expérience dans le domaine des conquêtes, et va noblement tenter d’allonger sa liste de triomphes amoureux, sans se douter une seconde de la difficulté inattendue que recèle cette tâche.

 

Madame de Merteuil est de loin le personnage le plus passionnant de ce roman. Cette femme du monde sait parfaitement où est sa place et ce qu’elle doit laisser croire sur sa personne. Ainsi, passant de conquêtes en conquêtes, elle réussira cependant à donner d’elle une image de blanche colombe au cœur de la société. Elle s’adresse d’ailleurs en ces termes au Vicomte de Valmont : « Si, au milieu de ces révolutions fréquentes, ma réputation s’est pourtant conservée pure ; n’avez-vous pas dû en conclure que, née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre, j’avais su me créer des moyens inconnus jusqu’à moi ? »  A l’aide de procédés brillants, elle se fait aisément passer pour la vertu personnifiée, et on ne peut que s’extasier devant la facilité qu’elle possède à s’exprimer avec une vérité criante à propos de choses que pourtant elle ne cautionne pas. Quant à son ami, le Vicomte de Valmont, c’est un homme d’un caractère résistant et sournois. Avec une classe inégalée, cet homme va séduire une femme visiblement inaccessible en la  couvrant d’éloges et de cajoleries : « L’attachement le plus vif et pourtant le plus respectueux, la soumission la plus entière à vos moindres volontés : voilà en deux mots l’histoire de mes sentiments et de ma conduite. » , et simultanément,  va détailler ses actes à son amie et confidente, Madame de Merteuil, avec une nonchalance ahurissante : « Une messe chaque jour, quelques visites aux pauvres, des prières du matin au soir , [...] devaient être ses seules distractions. Je lui en prépare de plus efficaces. »

 

            Dans son roman, l’auteur s’attaque au thème éternel de l’amour. Il ne s’agit cependant pas d’un amour platonique, uniquement composé de jolies phrases et de compliments, mais de liaisons physiques, de « tableaux de chasse des conquêtes », de passions provocantes et d’actes répréhensibles mais néanmoins captivants. Cet ensemble passionne d’autant plus le lecteur que personne n’aurait imaginé voir de tels comportements s’accomplir à l’époque où les évènements sont placés. Mais la ligne essentielle de ce roman est sans aucun doute la vengeance. C’ est elle qui donne à l’histoire toute sa vivacité ardente, son caractère malintentionné si enthousiasmant, son piquant et sa verve, sa dépravation et sa perversion, exprimées avec une finesse prodigieuse.

 

Au travers de ce roman séculaire, le lecteur s’évade pour assister au déploiement majestueux des mœurs d’une bourgeoisie qui profite d’une existence morne et ennuyeuse. Choderlos de Laclos mérite bien l’immortalité du nom, et nous offre page après page tout son savoir, toutes ses connaissances mythologiques, historiques ou littéraires, par des petites allusions glissées dans les propos de ses personnages. On assiste alors à un véritable feu d’artifice de la culture, judicieusement disséminé à travers l’ensemble des lettres composant le récit afin de ne pas prétendre à une connaissance absolue. L’élégance des propos dépasse de loin tout ce qu’on pourrait imaginer, et les mots résonnent presque à nos oreilles, nous emplissant l’esprit d’une douce mélodie : celle du talent, de la poésie. Celle de l’aptitude enchanteresse de Laclos à faire naître sous sa plume des romans impérissables.

 

           

           

 

           

 

Par Letizia - Publié dans : Littérature (ou pas)
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Jeudi 30 mars 2006 4 30 /03 /Mars /2006 16:22

(Critique du film « Playboy à saisir »)

    Un « Tanguy » en version américaine, vous y auriez pensé ? Et bien Tom Dey l’a fait pour vous, à votre plus grand désespoir. Ce réalisateur d’outre Atlantique a suivi des études de philosophie, de religion et de cinéma à la Brown University. En 1993, il décroche une licence de l'American Film Institute de Los Angeles. Il fut entre autres sollicité par les sudios Disney en 1998 pour mettre en scène son premier long métrage : « Shangai Kid ». Mais le jeune artiste ne compte pas en rester là. Il se met ensuite au service de grandes marques comme L’Oréal et réalise de nombreux spots publicitaires. En cette année 2005, il nous  sert la pseudo comédie « Playboy à saisir », remake parfaitement américain d’un concept vu et étudié sous toutes les coutures depuis déjà bien trop longtemps.

 
    Tripp est un trentenaire à qui la vie a tout donné : il est riche et beau, a des parents formidables, est élégant et dynamique… Sans aucun défaut, une vraie gravure de mode, un cliché d’Hollywood. A trente cinq ans, ce Monsieur Parfait vit encore chez ses parents. Ô ! joie, voilà enfin son défaut majeur : Tripp reste un enfant gâté dans l’âme, il ne veut pas grandir, et c’est bien dommage, pour un si joli garçon… Il n’en reste pas moins que ses parents voudraient le voir débarrasser le plancher le plus vite possible, afin de pouvoir enfin retrouver leur liberté antérieure… Et on les comprend. Leur fils est un véritable pique-assiette, qui passe ses journées à faire des activités toutes plus extravagantes les unes que les autres avec ses copains, histoire de faire démonstration de sa fortune. De plus, la nature le déteste, et on n’arrive jamais à savoir pourquoi. Belle idée que d’introduire du suspense dans l’histoire, reste à en dévoiler le dénouement, et ce de préférence avant la fin du film. Raté… Un beau jour, comme dans un conte de fée, c’est Paula, magnifique elle aussi, qui débarque dans la vie de Tripp. Non sans raison : les parents du playboy l’ont engagée pour convaincre ce dernier de quitter (enfin) le domicile familial. Le problème, qui est en fait la seule manière dont le film peut se dérouler, c’est que Tripp va réellement tomber amoureux de cette femme parfaite… Il se rendra enfin compte de l’imposture, une scène de ménage (émouvante, vraiment) va éclater, Tripp quittera Paula, la pauvre Paula qui avait fini par aimer, sincèrement paraît-il, le petit enfant gâté. Après de nombreuses larmes et une musique de circonstance en toile de fond, les deux amoureux finissent par se retrouver, dans des conditions censées êtres hilarantes, et leur réconciliation est diffusée devant les clients d’un restaurant, comme un très lourd clin d’œil à la télé-réalité.


     Le personnage campé par Matthew
McConaughey n’est pas sans rappeler notre « Tanguy » français. Le trentenaire irréprochable qui vit encore chez ses parents, on en a déjà fait le tour des centaines de fois. L’ajout d’un jeu d’acteur américain ne fait qu’aider cette comédie à plonger directement vers le fond du classement des dernières sorties cinématographiques. McConaughey avait déjà joué le rôle d’un homme magnifique adulé par toute la gent féminine dans « Comment se faire larguer en dix leçons », où il finissait aussi par être mené en bateau par une femme d’une beauté à faire déprimer toutes les pauvres filles ordinaires qui étaient allées voir le film. Quant à Sarah Jessica Parker, idole de « Sex and the city », elle ne fait qu’appuyer le stéréotype des jolies filles n’ayant aucun autre objectif dans la vie que des activités liées à la superficialité. Son personnage n’accroche pas, on n’arrive pas à y croire, et même si l’envie de rêver un peu est très présente, la distance qui sépare ces deux personnages du monde des vivants dépasse l’entendement.

 
    C’est bien entendu le thème de l’amour qui est abordé ici, avec une tentative d’humour infructueuse qui déçoit profondément. Comme si les sentiments de l’autre n’étaient qu’un jeu, comme si le profit personnel était le seul but, comme si les relations entre un enfant et ses parents étaient trop compliquées pour que ceux-ci en viennent à une solution hors du réel, ce film nous présente la vie comme elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais. On tente aussi de nous exposer l’amitié comme un élément important de l’existence de chacun, mais les amis de Tripp reviennent tellement souvent avec les attitudes basiques des trentenaires qui n’ont pas fini de grandir, avec leurs sports extrêmes, leur paint-ball et leurs sourires de publicité qu’on n’en veut plus, plus jamais, ni eux, ni personne d’autre. Et comme une évidence, on nous ressert le vieux concept du trentenaire n’ayant pas encore quitté le domicile familial, parce qu’il a peur de grandir, qui s’attache à l’enfance et à son confort. Quelle dure lutte qu’est la vie pour un homme riche, jeune et beau… Une vraie galère !

 
    Pour enfin en terminer, et pour ne pas rester dans le négatif, disons que tout film mérite d’être vu, même le pire, ne serait-ce que pour pouvoir entraîner les réactions belliqueuses des pauvres cinéphiles atteints dans leur honneur d’artiste. Le concept de Tom Dey sent le réchauffé, alors que le public actuel ne demande que du neuf. Les réalisateurs en manque d’inspiration finissent souvent par être mis en dehors du métier. Un des principes de base du cinéma étant d’apporter au public ce qu’il demande, on peut affirmer ici sans aucune hésitation que Dey n’a atteint aucun objectif pouvant l’aider à valoriser sa création. Nous connaissions déjà les fast-food, qui nous proposent de la nourriture préparée en un temps record pour un goût aussi inexistant que le temps de préparation. Voici en avant-première le « fast-film », qu’on aurait mieux fait de nous servir encore plus vite pour éviter de conserver cet horrible goût de décongelé en bouche…

Par Letizia - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 2 février 2006 4 02 /02 /Fév /2006 16:19

      
(Critique du livre « Chronique d’une mort annoncée »  de Gabriel García Márquez)

   S’il est une question qui ne se pose pas, c’est bien celle qui mettrait en doute le fait que vous ayez aimé ne serait-ce qu’un livre de Gabriel García Márquez. L’auteur colombien désormais unanimement reconnu n’a plus rien à prouver dans l’univers du roman : le prix du meilleur livre étranger qu’a remporté « Cent ans de solitude » le prouve aisément. Mais cet œuvre primée  n’est pas la seule à mériter une récompense : il en va de même pour « Chronique d’une mort annoncée », véritable petit bijou de la littérature. Faisant preuve d’une imagination sans borne, l’écrivain nous emmène, grâce à la magie de son écriture, dans un royaume aux odeurs d’ailleurs, à l’ambiance tropicale et exotique, aux douces senteurs étrangères.

  
L’histoire se déroule en un lieu innommé mais isolé, et situé sous les tropiques. Avant que Santiago Nasar ne soit retrouvé poignardé sur le sol de sa cuisine, tout le village était déjà au courant de son meurtre futur, mis à part la victime elle-même. Les deux meurtriers, Pedro et Pablo Vicario, avaient annoncé leur intention à tout le village, révélant même à quelques privilégiés le lieu du crime. Vingt sept ans plus tard, Márquez, en endossant le rôle du narrateur de l’histoire, la rendant de ce fait encore plus réaliste, décide de retracer le déroulement des événements de ce sombre lundi pluvieux. Il recueille des témoignages de part et d’autre du village, reconstituant ainsi dans ses moindres détails le crime et ses antécédents. Et ce qui impressionne le plus, c’est que malgré le fait que l’entièreté de la population du hameau, dont tous les habitants se connaissaient, ait été avertie du crime qui allait se commettre, Santiago Nasar n’en sut rien, jamais. Et il fut tué sans encombre, sans que personne ne retienne la main meurtrière des jumeaux. Il faut dire que le mariage de leur sœur Angela s’était déroulé la veille et avait prolongé ses exagérations jusque tard dans la nuit, offrant à chacun l’occasion de se désaltérer largement, et ce avec un liquide autrement plus chargé que de l’eau. Par ce fait, chacun pensait qu’il ne s’agissait là que d’un délire d’hommes saouls lorsque les jumeaux vinrent affûter leurs énormes couteaux de boucher en scandant à tue tête : « Nous allons tuer Santiago Nasar ». Et comme réponse à la question souvent posée qui leur demandait pourquoi, ils répondaient tout simplement : « Il sait pourquoi »…

Quels personnages épatants que les jumeaux Vicario ! D’une impulsivité extraordinaire, ils vont mener à bien la mission qu’ils se sont fixée, et ce avec une surprenante détermination. Mais comme aucun être humain n’est infaillible, on les sent plus hésitants à chaque pas. Les personnages ont une dimension humaine d’une grande crédibilité, ils foncent tête baissée sans réfléchir aux conséquences de leurs actes, comme cela arrive à chacun ici bas. Malgré tout, on en arrive même à douter de leur volonté : annoncer d’une telle façon au village entier leur sombre dessein ne servirait-il pas simplement à être arrêté avant l’heure fatidique, et par conséquent à être exempt de toute faute ?  Quant à Santiago Nasar, il joue la carte du contraste : il semble presque transparent. Léger comme l’air, il se déplace à travers les pages du roman comme un funambule, un courant d’air frais, un nuage de vapeur. Il apparaît aussi très posé, calme à l’extrême, réfléchi, nonchalant aussi, prenant la vie comme elle vient et vivant au jour le jour. Son ingénuité aussi nous laisse nous attendrir devant lui : comment la victime d’un meurtre annoncé aussi ouvertement n’a-elle pu éviter sa propre mort ? 

Dans ce récit aux milles rebondissements, Gabriel García Márquez développe le sujet du destin. Ce thème Oh ! combien difficile et aux frontières si floues a pu être parfaitement maîtrisé par l’auteur. Il nous rappelle avec justesse que malgré la connaissance de notre futur, il nous reste impossible à maîtriser. L’écrivain à la plume d’or cerne parfaitement le caractère du destin : insaisissable, fuyant, il nous nargue en s’accomplissant inlassablement, nous rappelant sans cesse notre impuissance, notre impossibilité à mener la barque de notre existence. Le hasard, qui est assez proche du destin, est lui aussi abordé, puisque c’est par lui que Nasar ne sera jamais averti de ce qui l’attend. La fatalité qui fait que personne n’a jamais pris les jumeaux au sérieux : « Quel abruti aurait pu imaginer que les jumeaux allaient tuer quelqu’un, et surtout avec un couteau à cochons ! ». Ensuite, l’auteur s’attaque au thème des agissements humains, ces comportements parfois impulsifs à l’extrême. Ces attitudes irréfléchies dont les hommes usent et abusent sont ici mise sur papier avec un réalisme frappant, qui mène le lecteur à poser un regard sur ses propres agissements, et à les modifier s’il en a la possibilité.

  Márquez impressionne encore une fois par son talent, la capacité qu’il possède de donner au lecteur cette agréable impression d’évasion lors de la lecture de ses romans. Toutes les senteurs, les textures et les bruits du petit village isolé de Santiago Nasar nous parviennent par l’intermédiaire d’une écriture fine et agréable. Malgré l’issue de l’histoire connue dès le départ, le plaisir procuré par ce récit est incomparable. Avec d’incessants retours en arrières, en entremêlant les actions passées de manière à reconstituer petit à petit la trame de l’histoire, Gabriel García Márquez fait preuve d’un génie et d’une virtuosité rare. Il nous tient en haleine jusqu’au bout, ne révélant que par petites doses les nouveaux éléments, parfois d’une délicieuse imprévisibilité. Et c’est avec un ravissement intense que chaque lecteur de ce récit l’a parcouru, entraîné par l’histoire comme s’il ne voulait plus jamais en sortir. Ce qui est par ailleurs compréhensible : pénétrer dans l’univers de Márquez, c’est prendre un allez simple pour un univers paradisiaque. Qui voudrait d’un billet de retour ?
    

Par Letizia - Publié dans : Littérature (ou pas)
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Jeudi 1 décembre 2005 4 01 /12 /Déc /2005 16:10

Critique du livre « Au bonheur des ogres » de Daniel Pennac)

 
    Si la grande majorité de lecteurs à avoir dévoré  La petite marchande de prose  de Daniel Pennac vous compte parmis ses rangs, il ne persiste aucun doute quant à savoir si vous avez lu, et par-dessus tout vous êtes engoués de la merveille qu’est  Au bonheur des ogres, premier de la série d’aventures de Benjamin Malaussène. Daniel Pennac, auteur contemporain né au Maroc s’attaquant souvent aux relations humaines, a forgé sa réputation dans l’univers du roman. Son succès ne laisse aucune place à l’hésitation, et sa notoriété est reconnue unanimement. Avec un humour mordant, l’auteur nous fait entrer dans un monde à part, nous fait vivre une aventure hors du commun comme il sait si bien le faire. 

           
    L’histoire se déroule dans le calme quartier de Belleville, où habite Benjamin Malaussène, chargé du contrôle technique dans grande surface. Derrière ce nom passe-partout se cache en réalité une tâche vile et malhonnête, la véritable fonction de Malaussène étant de simuler l’affliction la plus sincère pour que les clients, venus au bureau des réclamations afin de formuler une plainte quelconque, retirent cette dernière. Une fois les acheteurs partis et la plainte annulée, le grandiose acteur et son supérieur festoient : « Belle équipe de salauds, hein ? ». Tout semble donc fonctionner au mieux dans le magasin, jusqu’au jour où, aux environs de Noël, alors que le magasin fourmille de clients, une bombe qui ne se trouve être que la première d’une longue série, explose au rayon des jouets. Elle laisse derrière elle un cadavre en morceaux et un magasin tout aussi flamboyant. La panique laisse rapidement place au retour normal des choses, et la vie reprend son cours. Jusqu'à la deuxième explosion, qui après tous ses côtés négatifs, permet à Benjamin de rencontrer Tante Julia, voleuse de pulls qu’il va sauver de l’arrestation, sur un coup de tête, dans un élan, une impulsion, comme on n’en trouve que dans les romans. C’est ensuite au tour d’une troisième bombe de sauter. C’en est désormais trop. Pour les enquêteurs chargés de l’affaire, les liens avec Malaussène sont trop nombreux, et il devient donc le plus rapidement du monde leur suspect numéro un. Pendant ce temps, la fièvre monte chez Benjamin. Non seulement sa mère l’a à nouveau laissé seul avec ses frères et soeurs en lui laissant le soin de tout assumer, mais en plus, il a décidé de quitter le magasin. « On ne m’a jamais forcé à rester où je ne voulais pas. »  

           
   
Le personnage de Benjamin Malaussène nous épate une fois encore, et ce n’est certainement pas la dernière. Il nous apparaît ici comme à l’accoutumée pareil à un chevalier errant à la recherche de la plénitude. Il nous émeut aussi par son caractère fort, qui lui permet d’assumer sa tâche de bouc émissaire comme il se doit, sans jamais pleurer, du moins « jamais en dehors du boulot. » C’est avec une magie sans limite que Malaussène nous ouvre son univers fantaisiste. Il nous permet ainsi de nous évader et de faire un tour sur sa planète agitée. Sa famille, toujours aussi nombreuse, semble être un point d’attache comme une source de discorde. Elle lui permet de tenir le coup tout en créant chez lui des états parfois extrêmes, le faisant passer d’une joie intense à des accès de colère d’une violence sans nom. « La retraite anticipée pour frère aîné, ça existe ?». Quant à Tante Julia, cette « belle apparition » qu’il nous décrit avec tant de passion et d’admiration, ne laisse pas deviner grand chose de son tempérament. C’est un personnage brumeux et mystérieux. Elle apparaît et disparaît au gré des pages du roman, avec une délicieuse imprévisibilité, débarquant toujours lorsqu’on s’y attend le moins, et disparaissant à l’instant où il nous semblait cerner enfin un petit quelque chose de son être vaporeux.

           
    Dans son roman, l’auteur s’attaque à l’épineuse question des relations humaines, sujet qu’il maîtrise à la perfection pour l’avoir maintes et maintes fois abordé, chaque fois avec autant de conviction et de contenance. D’une part, il y a l’amour physique, l’amour de l’autre que Benjamin partage avec Tante Julia, et d’autre part il y a l’amour familial, indispensable à l’équilibre du héros. Mais ce roman ne serait pas ce qu’il est sans le thème du bouc-émissaire. Cette condition qui fait souffrir ceux qui y sont enfermé contre leur gré n’est pas souvent approchée dans la vie réelle. On préfère taire ce défaut du genre humain qui est de persécuter une personne bien souvent innocente et de lui faire endosser les responsabilités de nos actes manqués. En mettant la vérité au grand jour, l’écrivain exprime ce que les hommes se sont toujours caché : l’humain n’assume jamais ses propres erreurs, et sont bonheur ne dépend que du malheur qu’il peut faire aux autres.      

           
   
Daniel Pennac éblouit une nouvelle fois par son talent, la magie de ses mots, la douce lumière qui brille derrières son texte. Il comble chacun de nous, du plus tolérant au plus exigeant, par un roman d’une qualité exemplaire. Il nous offre son univers gratuitement grâce à la magie de l’écriture, de son écriture, de sa plume et de ses mots. Pennac réussit l’épreuve de force de raconter une histoire où se mêlent policiers et histoires de famille tout en la faisant flotter au-dessus du monde, nous entraînant inévitablement hors du temps. C’est une atmosphère féerique qui plane sans cesse autour de ce chef d’œuvre littéraire, nous emportant loin du sol pour nous emmener dans un lieu inconnu. L’auteur restera sans conteste parmis les meilleurs de sa génération, lui dont le style maîtrisé à la perfection nous offre à chaque phrase un voyage au pays de l’imaginaire, une part de rêve, une interruption de calme et de silence dans un monde bouillonnant d’indifférence. Et pour ceux qui en douteraient encore, le résultat est là. Prodigieux.

Par Letizia - Publié dans : Littérature (ou pas)
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