La bande annonce a fait froncer les sourcils à la majorité des fans de la série. L’annonce d’un long métrage mettant en scène la famille « la plus
déjantée d’Amérique » laisse en effet songeur : on pense immédiatement à une altération de l’esprit originel des dessins animés, qui se retrouveraient modifiés dans une plus longue
création. On pense à un projet créé uniquement à des fins commerciales. Et on jure, évidemment, qu’on ne fera pas partie des imbéciles qui iront vérifier si « Les Simpsons, le film »,
mérite le prix d’une place de cinéma. Ils passent aussi à la télé après tout, et là, c’est gratuit.
Mégalo ?
Né en 1954, Matt Groening est un auteur de bande dessinée américain, et n’a plus rien à prouver dans le monde de l’animation. Avant de travailler pour la télévision, il a pourtant été le créateur
d’une série dessinée. Ce n’est qu’ensuite qu’il nous offre la fabuleuse série « Futurama », où un pauvre jeune homme se retrouve coincé dans le futur, ainsi que les incontournables
« Simpsons ». Non content d’avoir fait de cette famille un véritable symbole de l’Amérique moderne, Groening voit encore plus grand et s’invite dans les salles obscures.
« Le plus grand des idiots, c’est toi. »
Voilà l’accueil que nous réserve Homer au début du long métrage. Parce que finalement, on cède à notre curiosité de cinéphile du dimanche et on court voir le gros responsable de la
centrale nucléaire de Springfield sur grand écran. C’est lui-même qui fait cette remarque pertinente : « Pourquoi payer une place de cinéma pour quelque
chose qu’on peut voir gratos à la téloche ? Il faut vraiment être idiot, et le plus grand des idiots, c’est toi ! », en pointant vers les spectateurs un de ses quatre énorme doigts
jaunes. Et toute la salle rit de l’attaque. Car ce qui caractérise les Simpsons, c’est toute l’ironie, le cynisme et pourtant la vérité qui
ressortent des dialogues. On aime l’humour noir jamais déplacé ni vulgaire, on adore les blagues idiotes et les chutes qui font mal (nous ne sommes que des hommes), et on applaudit les
références. Car le film en est plein à craquer : référence à la musique avec le groupe Green Day, à la politique avec un président des Etats-Unis assez inattendu (et sûrement peu
souhaitable), à la bande dessinée avec un cochon qui marche au plafond… Il y en a pour tous les gouts. Mieux encore, à aucun moment l’ambiance, les personnages ou la série en elle-même ne sont
travestis ou déformés. Le film garde, du début à la fin et de long en large, l’esprit « Simpson » qu’on ne pensait pas retrouver. Un exploit.
Homer, ce (anti-) héros.
Comme par hasard, c’est encore Homer, le père de famille d’une maladresse désormais légendaire, qui est à l’origine du drame. Le lac de Springfield, pollué à l’extrême, devient
zone protégée : interdiction, donc, d’y jeter quoi que ce soit ! Malheureusement, Homer reste fidèle à lui-même et pollue accidentellement le plan d’eau, geste qui aura des conséquences
catastrophiques pour la ville entière.
Même après avoir dessiné des dizaines de courts métrage mettant en scène la famille d’ahuris que sont les Simpsons, Matt Groening nous offre ici un scénario tout sauf prévisible. On admire la dose d’humour XXL qu’il a su incorporer à sa création. On s’enthousiasme aussi pour le trait de crayon qui ne change pas, tant à la petite lucarne qu’en salle obscure. Au final, on sort de la salle sans une once de déception, en ayant ri beaucoup plus que ce à quoi on s’attendait, et en se disant que le film valait bien une place de cinéma. Ils sont fous, ces Américains, et on en redemande.